HÉRITAGE
et
PHILOSOPHIE
Durant ses années de voyages en Europe et aux États Unis, Hazrat Inayat Khan donna de très nombreuses conférences qui furent toutes consignées. De 1922 à 1926 il tint à Fazal Manzil des écoles d’été durant lesquelles il distilla la quintessence de son enseignement, un parfum subtil de son Inde natale réinterprété à la lumière des idéaux spirituels occidentaux de son époque.
Rassemblés sous le nom de « Message soufi », ses conférences seront publiées en 14 volumes et constituent une source d’inspiration permanente pour les chercheurs spirituels. Ses enseignements musicaux contenus dans Le mysticisme du son ont inspiré de nombreux musiciens, dont John Coltrane.
L’héritage de ce maître musicien-philosophe qui, pendant quelques courtes années, a éclairé le sens de la vie humaine, se poursuit à travers le travail de différentes organisations créées après son décès.

L'Unité des Idéaux Religieux
Tout au long de son histoire, le sous-continent indien fut traversé par de multiples courants religieux : l’Hindouisme, le Zoroastrisme, le Bouddhisme, l’Islam, le Sikhisme et d’autres encore. L’enseignement qu’il donna reflète toute l’étendue des défis spirituels de l’humanité. Dans ses conférences, il aborde une grande variété de sujets – la religion, les arts, la musique, l’éthique, la philosophie, la psychologie, la santé et la guérison. Pourtant son œuvre conserve une grande unité, car elle est constamment nourrie par la conviction de l’unicité divine, qui rend son enseignement pertinent pour des personnes de toute confession. En effet, un de ses thèmes majeurs est sa description de « l’unité des idéaux religieux » et de l’harmonie sous-jacente des révélations des prophètes et maîtres de toutes les grandes religions. Comme il le soulignait souvent, « le soufisme supprime les frontières qui divisent les différentes religions en mettant en pleine lumière la sagesse qui unit les croyances religieuses. »
Joignant l’acte à la pensée, il ouvrit son école de sagesse aux personnes de toute confession. De nos jours encore, les courants qui émergèrent à sa suite offrent un accès aux pratiques et sagesses soufies sans distinction ethnique ou religieuse.

Le But de la Vie
Le développement du caractère, ou « l’art de la personnalité », sont en Inde des thématiques courantes sur le chemin spirituel. Elles ont trouvé une résonance aiguë dans les cercles occidentaux début-de-siècle dans lesquels Hazrat Inayat Khan évoluait. L’émergence des recherches en psychologie et le développement des connaissances autour de l’inconscient, résonnèrent avec l’idée de développement spirituel de l’être humain en tant que sujet et non plus seulement en tant que membre passif d’un dogme.
Pour les soufis le cœur est le miroir de l’âme et le travail spirituel consiste à nettoyer les impuretés de ce miroir afin que la lumière divine s’y réfléchisse.
Hazrat Inayat Khan identifie que ce qui se reflète dans le cœur est dû aux conditionnements. Il explique que la pureté originelle de l’âme est recouverte par un flot ininterrompu d’impressions reçues de l’éducation, des croyances, des événements et des vécus.
Pour lui, absorber les impressions sans discernement c’est être victime des circonstances. Dans ses enseignements il décrit les mécanismes qui conditionnent la personnalité en soulignant que la liberté et la créativité exigent l’exercice de la volonté. Filtrer consciemment les impressions, c’est exprimer de manière créative le caractère unique de sa personnalité et de l’âme associée.
Les métaphores de la naissance et de la croissance, de la graine et du fruit, reviennent souvent dans ses conférences et ses écrits. La plante en croissance est dynamique, le fruit de la plante est le résultat d’un processus de développement. L’imagerie botanique est adaptée pour exprimer une autre thématique soufie : la réalisation de l’essence divine au travers de l’expérience humaine.
Il en résulte une psychologie spirituelle qui valorise la liberté et la créativité du sujet humain et qui pose le développement, l’expression et le raffinement de la personnalité comme un but de l’existence.
C’est ce qu’Hazrat Inayat Khan appela la « liberté spirituelle ».


La Présence Divine
La célébration de la présence divine est le principal objectif de l’enseignement d’Hazrat Inayat Khan. À cette fin, il établit une liste de dix principes fondamentaux qui énoncent les valeurs spirituelles universelles qui sont à la base de sa philosophie mystique.
- Il n’y a qu’un seul Dieu, l’Éternel, l’Unique Être ; il n’existe rien d’autre que Dieu.
- Il n’y a qu’un seul Maître, l’Esprit guide de toutes les âmes, qui conduit constamment les disciples vers la lumière.
- Il y a un Livre Saint, le manuscrit sacré de la nature, la seule écriture qui peut éclairer le lecteur.
- Il y a une seule religion, le progrès inébranlable dans la bonne direction vers l’idéal, qui remplit le but de la vie de chaque âme.
- Il n’y a qu’une seule loi, la loi de la réciprocité, qui peut être observée par une conscience désintéressée et un sens de la justice éveillé.
- Il y a une Fraternité et une Sororité, la fraternité humaine qui unit indistinctement les enfants de la terre dans la Parenté de Dieu.
- Il y a une seule morale, l’amour qui jaillit de l’abnégation et s’épanouit dans les actes de bienfaisance.
- Il n’y a qu’un seul objet de louange, la beauté qui élève le cœur de ses adorateurs à travers tous les aspects, du visible à l’invisible.
- Il n’y a qu’une seule vérité, la vraie connaissance de notre être, à l’intérieur et à l’extérieur, qui est l’essence de toute sagesse.
- Il n’y a qu’un seul chemin, l’anéantissement du faux ego dans le réel, qui élève le mortel à l’immortalité, et dans lequel réside toute perfection.
